CAN 2019 : Claude KANA:"Ce que je pense de l'organisation!" - Totalfoot24.com

CAN 2019 : Claude KANA: »Ce que je pense de l’organisation! »

Claude KANA, Docteur en Droit International Historien du Football Camerounais

A 22 mois du Coup d’envoi de la 32e Coupe d’Afrique des Nations, en annonçant que même avec quatre poules, le Cameroun ne serait pas capable d’organiser la CAN 2019, le nouveau Président de la CAF a fait passer une onde de choc sur toute l’Afrique du football. A la FECAFOOT et au Ministère des sports, c’est le tollé général. On parle de conspiration ! Pour mieux comprendre l’affaire, il faut remonter au 20 septembre 2014. Réunie à Addis-Abeba lors de son congrès, la CAF avait désigné le Cameroun, la Côte d’Ivoire et la Guinée pour accueillir respectivement, les éditions de 2019, 2021 et 2023 de sa compétition-phare. Entre 2014 et aujourd’hui, il s’est passé exactement trois ans. Et en trois ans, qu’a fait le Cameroun ?

Evidemment, on peut (et on doit) reprocher à la CAF d’avoir procédé de façon unilatérale à la réforme complète des modalités d’organisation de la CAN, faisant passer le nombre de participants de 16 à 24, et le nombre de sites de 4 à 6, et à la modification du cahier des charges conclu avec le Cameroun en 2014. On doit aussi reprocher à Mr Ahmad, le nouveau Président de la CAF de s’abandonner à des déclarations à l’emporte-pièce, avant même que la première mission d’inspection de la CAF n’ait effectué le déplacement prévu au Cameroun du 20 au 28 août. Mais le moins que l’on puisse dire c’est que la négligence et la légèreté légendaires de nos dirigeants ont aiguisé l’épée rancunière et revancharde de Mr Ahmad contre son prédécesseur, Mr Issa Hayatou. La décision de porter à 24 le nombre d’équipes admises à la CAN est discutable, au double plan de la situation économique des pays africains et de la qualité même de la compétition. En Afrique, il y a au maximum 3 pays qui sont en mesure d’organiser dans de bonnes conditions une CAN à 24 équipes : la Tunisie, le Maroc et l’Afrique du Sud.

Première nation africaine à finir une coupe du monde sans aucune défaite.

Dans tous les autres pays, les fédérations de football ne sont pas financièrement autonomes. Le financement du football par les ressources publiques, dans ces conditions ne ferait qu’accentuer les difficultés économiques des Etats. Alors imposer un fardeau supplémentaire sous la forme des dépenses faramineuses pour la construction des stades grandioses, des stades d’entrainement, des hôtels de luxe, des autoroutes, des routes de desserte et des hôpitaux flambants neufs peut être discuté. Le Cameroun c’est certain, va trouver les financements qu’il faut, quitte à ce que certains besoins cruciaux soient sacrifiés. Mais le respect minimal vis-à-vis du Cameroun aurait été de s’en tenir au cahier des charges convenu, et d’entériner la mise en œuvre des réformes pour l’édition de 2021. Autre curiosité, la nouvelle idylle avec le Maroc, à qui la CAF fait une confiance sans bornes, oubliant dans quel embarras ce pays a plongé l’Afrique il y a juste 3 ans, sous le prétexte de la fièvre Ebola, alors que sa compagnie desservait l’Afrique de l’Ouest, et que la Guinée jouait ses matchs à Rabat.

Mais une fois tout ceci relevé, qui peut croire que le Cameroun a fait le nécessaire pour éviter les menaces mesquines du nouveau Président de la CAF ? Quel camerounais est certain aujourd’hui qu’en 18 mois, on fera ce qu’on n’a pas pu faire en 35 ans ? La navigation à vue qui caractérise notre football est la résultante d’une gestion globale sans prévisions et sans véritable programme de travail qui date depuis plus de trois décennies. Notre sport souffre depuis très longtemps d’une absence de politique d’encadrement et de préparation. Ces dernières années, on note comme un état de déliquescence total, sans que personne ne tape du poing sur la table. Les nombreux succès remportés dans les grandes compétitions internationales n’ont fait qu’accentuer la gabegie. C’est un véritable paradoxe, car l’inertie chronique est là, et cohabite en permanence avec nos lots de lauriers.

Pour ce qui est de la préparation d’une telle compétition, il ne faut pas focaliser toute l’attention uniquement sur les stades. Beaucoup parmi ceux qui critiquent la CAF pensent que les stades c’est ce qu’il y a de plus important. Mais au-delà des stades, il y a de nombreuses infrastructures à mettre en place. Des infrastructures routières, sanitaires, des hôtels de classe, des moyens de transports viables, de moyens de communications modernes, des aéroports, des conditions de sécurité rassurantes… Or, depuis trois ans, l’amateurisme, l’inertie légendaire et le manque de sérieux se voient dans tous les domaines. Pour signer la moindre autorisation, il faut attendre des mois, alors que le service public est une réalité continue. On se comporte comme si les échéances n’allaient jamais arriver. Pourtant, tous les programmes sont élaborés longtemps à l’avance par la CAF. Nos dirigeants donnent toujours l’impression d’être surpris à l’approche de toutes les échéances auxquelles nous sommes engagés.

Le manque cruel des infrastructures sportives rentre dans cette approche d’ensemble dans la gestion. Comment comprendre qu’après 5 victoires en coupe d’Afrique des nations et 7 participations en coupe du monde, on n’ait procédé à la moindre réfection sur les stades de Yaoundé et Douala qui existaient pourtant depuis 46 ans que lorsqu’il a fallu accueillir la CAN Féminine 2016? Comment comprendre qu’on ne puisse pas bâtir des petites aires de jeu synthétiques qui se font partout actuellement? Le manque de volonté politique caractérisé ne pouvait que nous amener à la situation actuelle. Pour espérer en sortir, nous sommes tenus de pousser, et ce de manière irrémédiable, vers une gestion plus programmée, plus consciencieuse, plus rationnelle et plus professionnelle. C’est à ce prix qu’on peut tenir l’espoir des lendemains plus encourageants. La CAF est dans son droit, d’exercer la pression, même si on n’est pas d’accord sur la forme.

En 1970, lors du Congrès de la CAF pendant la Coupe d’Afrique des nations à Khartoum, la candidature du Cameroun pour l’organisation de la huitième Coupe d’Afrique des nations (1972) avait été posée sans consultation préalable du Président Ahidjo. Au retour de la délégation, ce dernier est rentré dans une colère mémorable, mais a promis que le Cameroun, en tant que grand pays, allait assumer ses responsabilités. En 18 mois, 2 stades sont sortis de terre à Yaoundé et à Douala. Comme quoi, ce n’est jamais qu’une question de volonté politique. Et depuis 2014, date à laquelle la CAN a été attribuée au Cameroun, on n’a pas vu un empressement fou à remplir le cahier de charges de la CAF. Que les médias en fassent état est une juste question de bon sens. Alors, Messieurs de la FECAFOOT et du Ministère des sports, arrêtez d’accuser les médias et mettez-vous au travail. Quant à vous Mr Ahmad, le football camerounais a donné à l’Afrique ce que vous ne pouvez même pas soupçonner. Alors, un peu de respect !

Claude KANA
Docteur en droit international
Historien du football Camerounais

source: pito.news

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